22 novembre 2007

Doit-on se sentir coupable de se défendre ?

 trains1.1195732034.jpg 

Je suis partagé et perplexe. Partagé sur la conduite à tenir par rapport à la grève des cheminots de la SNCF et de la RATP et perplexe sur l'état de délabrement intellectuel et moral qui est celui des commentateurs de la vie politique et sociale de notre pays.

Réglons de suite le second malentendu : je n'ai pas pris la peine de poster des commentaires, par ci, par là, sur les différents sites ou blogs qui parlent du mouvement de grève car trop consterné par la bêtise crasse des anti-blocages ou anti-grévistes qui, il faut le reconnaître, pensent surtout avec leurs pieds puisqu'ils sont contraints, les pauvres chéris, de marcher un peu plus que d'habitude, pour faire comme si leur boulot était la chose la plus importante de leur vie.

Réflexions étriquées, propos au ras du bitume. J'ai bien l'impression qu'une grève de ce genre permet à des gens insipides de quitter leurs habits ordinaires et d'occuper une place que tout le monde leur refuse d'habitude, employeurs, collègues, conjoints, voisins...

Le rôle passif de 'bloqué', de 'pris en otage' leur est un révélateur.  Un moment de respiration.

Pour ce qui est de la poursuite de cette grève reconductible ou de la reprise partielle, il semble, d'après mes sources (syndicales) que les propositions mises sur la table des négociations sont vraiment significatives. Certaines d'entre elles vident même la 'réforme' (sic) des régimes spéciaux de sa substance.

Je suppose qu'un travail d'explication sera effectué à destination des cheminots.

Cela étant, ils ont des dizaines de raisons de se méfier et à cet effet, sont parfaitement en droit de continuer la grève. C'est ainsi que le rapport de force se consolide.

Le combat continue, comme dirait l'autre.

Pour développer le sujet, je vous mets la 1ère moitié d'un texte tout à fait limpide et mordant que j'ai trouvé ici :

 http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=12685

Ce site, c'est celui du collectif Hactivist News Service. 

"Lettre d'un cheminot gréviste", que ça s'appelle.

Je vous connais, vous irez visiter le site en question pour prendre connaissance de la suite de cette lettre et glaner quelques infos opportunes par ces temps maussades et d'affrontement social.

Lettre d’un cheminot gréviste

Chère cliente, cher client,

Je suis en grève aujourd’hui et je l’assume. Oui, j’assume de devoir vous poser des problèmes dans votre train-train quotidien, j’assume de vous obliger à modifier vos habitudes quotidiennes.

On m’accuse de vous prendre en otages. Mais vous ai-je enfermés, vous ai-je attachés ?
Non, je vous laisse libres. Libres au milieu des contraintes que vous acceptez tous les jours sans vous en plaindre.

J’assume pleinement de vous laisser voir vos chaînes, parce que ces chaînes sont aussi les miennes.
Parce que moi aussi, je dois faire garder mes gamins quand je commence au petit matin, moi aussi, quand je rentre le soir, j’ouvre ma boite à factures qui naguère s’appelait boite aux lettres, moi aussi, je m’affale parfois dans le canapé pour manger docilement la soupe de la télé, car moi aussi, je vis dans cette société.
Oui, je l’assume. Comme j’assume les contraintes de mon métier qui me font vivre à part du groupe, qui me font travailler avant vous pour vous emmener bosser et après vous pour vous ramener à la maison.

Pour vous emmener dans votre famille passer les fêtes, je ne les passerai pas dans la mienne. Je vous transporte et par définition, mon travail commence là où s’arrête le vôtre, et vice versa.
 
Quand j’ai pris la décision de faire ce métier, il y a 15 ans, j’ai pesé le prix de ma mise à l’écart de la vie collective, par les horaires farfelus.
Ce prix, je l’ai accepté et j’entends me le faire payer.

Bien sûr, je ne suis pas le plus mal loti de la terre. Bien sûr, il y a bien pire et bien plus malheureux. Mais doit-on se sentir coupable d’avoir un toit en voyant les sans-abri ? Doit-on se sentir coupable d’avoir un emploi en comptant les chômeurs ?

Doit-on se sentir coupable de se défendre ? Ma défense, je l’ai préparée. Parce que les résultats des élections de mai ne laissaient aucun doute. Le conflit aurait lieu, historiquement il devait avoir lieu. Où et quand ?

Vous avez la réponse aujourd’hui. Parce que, je ne vous le cache pas, Il était encore sur le yacht de Bolloré que je mettais de côté l’argent nécessaire à ce combat.

S’il le faut, celui prévu pour quelques projets futiles sera utilisé et tant pis si le home cinéma ne vient pas dans mon foyer cette année.
Quoi, j’aurais pu me payer un home cinéma et je suis dans la rue ? Eh bien ça aussi je l’assume. Et sans aucune honte depuis que j’ai lu que la marque qui commercialise le plus grand écran plasma, un joujou à cent mille euros, visait aussi le marché des particuliers en France.

On me donne 2600 euros par mois pour conduire les trains, pas pour acheter mon silence et ma docilité. On trouve au MEDEF des syndicalistes bien mieux lotis ayant toujours une larme à faire couler sur leur sort.
 
C’est aussi pour ça que j’assume de faire grève aujourd’hui.
On m’accuse de ne pas faire preuve de solidarité parce que la réforme est nécessaire et doit être approuvée. A force de lire les rapports du Conseil d’Orientation des Retraites, à force de lire tout ce qui peut me tomber sous les yeux parlant de retraite, du Sénat au blog débile, j’ai acquis la conviction que tout cela aurait pu être évité, pour moi comme pour vous, si nos dirigeants avaient préparé ces échéances comme j’ai préparé cette grève.

On nous a parlé de catastrophe, de faillite, de banqueroute même, or n’importe quel économiste honnête vous le dira : en 2000, l’effort prévisible à réaliser, sans rien changer pour les retraites, pour les 40 années à venir était calculé inférieur à celui fourni pendant les 40 années passées.
On n’a montré que le petit bout de la lorgnette, on n’a pas dit que la richesse du pays augmenterait plus vite que cette charge, même dans les pires scénarii. Il y avait ce problème du baby boom ?
Et alors, est-ce une raison pour tout mettre à bas alors qu’il suffisait de remplir le fonds de réserve des retraites créé en 2002, la seule véritable réforme honnête faite sur le sujet ? Que fait un ménage quand il sait qu’une dépense va venir ? Soit il économise, soit il emprunte, soit il attend et se serre la ceinture le moment venu.

C’est cette voie qu’ont choisie nos dirigeants, c’est regrettable mais je suis citoyen et je respecte les suffrages.
Alors cette politique qui n’est pas la mienne, je l’assume y compris les conséquences, y compris cette grève.

[...]

  

13 novembre 2007

Contre l’obscénité de la rupture, tous ensemble !

64a51a0244182fae131cf3693300dfd1.jpg 

L’épreuve de force, qu’ils appellent ça. Eux, tous les fayots, les journalistes à l’échine souple, les éditorialistes achetés de la presse écrite, radio et télévisuelle.

Car ils n’ont qu’une crainte, ces larbins : c’est que ça se barre en sucette, la rupture prônée par le Chancelier sarko 1er.
Ils auraient trop à perdre. Moins de places de parking gratuites, moins de cocktails mondains.

Figurez-vous qu’ils sont en deçà de la réalité, les médias aux ordres. Les 15 jours qui vont suivre seront tout bonnement décisifs. Historiques, je dirais, si je n’avais pas peur d’être grandiloquent.

On parle bien des mobilisations et des grèves à venir.

Mais les enjeux dépassent de loin le problème du déficit (marginal) des régimes spéciaux. Ou du pouvoir d’achat, de la revalorisation des carrières des fonctionnaires, de la franchise sur les soins etc.

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est Denis Kessler.

On peut dire beaucoup de mal de ce social killer, de ce grand patron très influent, seigneur du secteur des assurances.

Il mérite des coups de lattes à répétition pour tout un tas de motifs mais sûrement pas pour son hypocrisie.

Ce n’est pas un faux-cul, en bref. Il est franc du collier. 

Le 04 octobre 2007, dans le magazine économique Challenge(s), il a annoncé la couleur :

 ” Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux.
La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception.

Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !”

Vous avez pigé ? C’est l’ensemble, sinon la totalité des acquis sociaux gagnés au lendemain de la guerre qu’il convient, pour lui, pour le gouvernement, pour la droite, pour le MEDEF, de reprendre aux salariés et aux retraités.

Les problèmes ne se posent pas un par un. C’est ainsi qu’ils veulent qu’on perçoive les choses.

Il s’agit d’une attaque sans précédent, d’une curée (pour employer le terme odieux de la vénerie) obéissant à une stratégie simple; une révolution ultralibérale économiquement parlant qui accompagne une restauration conservatrice dont on a pu déjà mesurer les méfaits avec la remise en cause de mai 68 et de ses prolongements.

Afin d'illustrer les périls qui nous guettent, d'aucuns ont utilisé la comparaison du choc Thatchérien asséné début des années 80 en Angleterre. Cette comparaison est pertinente.

Pour avoir suivi de très près, activement, à leurs côtés, la longue grève des mineurs britanniques de 1984 et 1985, je puis vous dire que la guerre sociale conduite (et gagnée) par la droite britannique (aidée en cela par la force du Reaganisme outre-Atlantique) prévoyait de lancer l’offensive sur le bastion le plus solide de la classe ouvrière à l’époque : les mineurs.

Avec l’alternative : ça passe (donc ensuite, on enfonce les lignes) ou ça coince

Le gouvernement français procède de la même façon. Il affronte le milieu des cheminots, considéré à juste titre comme la catégorie salariée la plus mobilisée, la plus forte.

Si ça passe…. Ce seront 60 ans d’espérances, de lendemains meilleurs, de solidarité, de mutualisation des risques de la vie, de répartition équitable, de l’esprit de la Résistance qui disparaîtront.

Pour la paix des cimetières, cimetières des illusions, des aspirations, du progrès social. La mort douloureuse du modèle social français. Que le monde entier nous enviait.

Et bienvenue dans l'obscénité du toujours plus, du marche ou crève. 

23 octobre 2007

Guy, mon camarade

Ta lettre est belle, comme l’aurore qui se lève.

La misère et le malheur des gens, leur sujétion. Depuis les siècles des siècles. Par les mêmes, toujours les mêmes.

Que l’on se demande comment il est possible que leur baratin puant ait encore une quelconque efficacité.

Comment donc ces nouveaux maîtres, qui seront toujours de l’autre côté de la barricade, de ta barricade, ont tenté et réussi cette récupération odieuse.

Manès Sperber, romancier, essayiste, arrêté par la Gestapo en mars 1933, relâché, membre important du Parti Communiste clandestin, activement recherché par l’occupant ensuite, disait, par l’intermédiaire de l’un des personnages de sa trilogie “Et le buisson devint cendre” : […]  l’aveuglement  n’est pas de la bêtise, même s’il est plus dangereux. Les français, dans leur grande majorité, ont besoin d’aveuglement, ils y trouvent leur dose quotidienne de confiance en eux-mêmes…”

Tu as survécu à ta mort, mon camarade. Ceux-là, parviennent difficilement à justifier leur existence.

10 juin 2007

Black block-La nature de votre oppression sera l’esthétique de notre colère.

 images3.1181428500.jpg   images4.1181428627.jpg 

Hier soir, dans le jardin, en attendant l'arrivée des hérissons (mais ils ne sont pas viendus, seules les chauves-souris et un tombereau de limaces m'ont fait signe), je relisais un bouquin sur les "untorelli" (en italien, ce sont les porteurs de peste), nom attribué aux autonomes italiens aux prises avec ce que l'on appelait, milieu des années 70, le compromis historique.

Bon, je vous la fais courte. Etat policier-Bologne-mars 77-Loi Reale-Féminisme militant-Jacqueries-Les blindés arrivent.

C'est mon côté contestataire sûrement, mais toute la semaine, j'ai lu, avec attention, les compte-rendus des manifs parallèles au sommet du G8 près de Rostock (Allemagne) et des bastons sévères qui ont mis H.S. un paquet de flics anti-émeutes (counter-insurgency en anglais). Les mots ont une importance en l'espèce. "Riot", c'est pas tout à fait la même chose...Bref, passons...

J'aurai bien aimé voir Claire Chazal prononcer les mots "bloc noir", renvois gastriques à l'appui, mais je ne regarde jamais T.F.1. 

Pensif, à la veille de me traîner dans un bureau de vote, je me suis dit, finalement, que le pouvoir n'est pas seulement là où on prend des décisions horribles ou dégueulasses.

J'ai la philosophie du bonheur agrafée à la peau mais des fois, le lendemain, le monde est triste et chiant.

Pour la route, puisque le triomphalisme ne sera jamais de mon côté, laissez-moi vous dire que la révolution est un blues : moi, j'y crois un soir et pas l'autre.

     

03 juin 2007

Il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer.

 stexup.1180887209.gif  " Il faut bien tenter de se rejoindre. Il faut bien essayer de communiquer avec quelques-uns de ces feux qui brûlent de loin en loin dans la campagne".

Terre des hommes- A.de Saint-Exupéry

Le mois de mai, le joli mois de mai, c'est généralement, pour ceux qui s'engagent, dans la cité, dans les associations diverseszévariées, le temps des assemblées générales, celui où il faut rendre des comptes et reprendre des forces pour un nouveau tour de manège.

C'est aussi l'occasion de clôturer une année de luttes, de peines, d'espoirs déçus par un apéro puis une bouffe sympa entre membres, entre camarades, entre copains et copines, en attendant mieux et plus.

On regarde ce qui a été fait, on regarde les étoiles et on se dit qu'il en reste pas mal à rallumer.

On a tous envie de se réchauffer au feu de l'amitié, de la solidarité et de l'espoir.

Les assemblées générales sont des escales.

J'ai fait un petit break, un brin de toilette. Et délaissé ce blog tout mignon.

L'escale n'est pas la terre promise. Faut se remettre au taf, au boulot, car il y a de quoi faire.

Ce n'est pas la hâte de repartir, oh non...

Davantage l'appel du devoir.

Et l'envie de rencontrer des personnes qui sont du signe...du monde, de notre planète.

"Mon point de départ est toujours un besoin de prendre parti, un sentiment d'injustice".

G.Orwell (Lettres et correspondance).

 

06 mai 2007

A la France qui se lève tôt : consommez plus, vous vivrez moins.

f7.1178447158.gif  f24.1178447221.gif  f8.1178447280.gif

" Vous êtes la guérilla

contre la mort climatisée

qu'on veut vous vendre

sous le nom d'avenir "

 

Cortazar- Mai 68

 

01 mai 2007

Tirez, ce ne sont que des ouvriers!

 eglantine.1178009765.jpg  ecomuseefourmies.1178009796.jpg

C'étaient des temps, il y a un peu plus d'un siècle, où les puissants, les très riches, ne faisaient pas semblant d'avoir peur.

Répression disproportionnée, meurtrière, inqualifiable, telle était la manière des possédants, de la classe aisée, pour empêcher l'organisation et la mobilisation des travailleurs, ces canailles comme on disait à l'époque.

Le tout premier 1er mai, à Paris, en 1890, avait vu l'arrivée de troupes, en provenance de Versailles (forcément !) si nombreuses que l'on aurait dit que la capitale était en état de siège.

La bourgeoisie avait eu tellement les foies qu'elle avait fait mettre tous les postes de police et les batteries d'artillerie en alerte permanente.
Heureusement, il ne s'était rien passé de dramatique ce jour là.

En 1891, ce 1er mai, à Fourmies (nord de la France), l'ambiance était certes un peu tendue le matin mais au final, le défilé de l'après-midi avait débuté sans se montrer menaçant.

La troupe, munie pour la première fois, de fusils Lebel, remplaçant les vieux et lourds chassepots, était postée massivement en ville.

Maria Blondeau, jeune fille de 20 ans, un rameau d'aubépine à la main (la fleur du 1er mai, c'était l'aubépine et non le muguet) marchait en tête de cortège.

Feu ! Elle fut littéralement scalpée. On ne retrouva jamais sa longue chevelure rousse.
Le petit Emile Cornaille (10 ans) fut criblé de balles aux portes d'un estaminet où il tentait de se réfugier. On trouva, dans ses poches, une arme terrible, de celle qui donne des frissons aux nantis : une toupie.

Et il y eu Louise Hublet (20 ans), Charles Leroy (21 ans), Gustave Pestiaux (16 ans), Emile Segaux (30 ans), Félicie Tonnelier (17 ans, une balle dans l'oeil gauche, 3 autres dans la tête), Maria Diot (17 ans) et Kléber Giloteaux (19 ans).

9 tués. Une stèle, à Fourmies, commémore cette ignominie.
Le commandant Chapus, qui avait donner l'ordre d'ouvrir le feu, fût décoré par le général Gallifet, boucher de la Commune de Paris, expert en fusillades et exécutions sommaires.

Le rappel à l'histoire exaspère certains.
Mais nous savons bien que celui qui ne tient pas compte du passé est condamné à le revivre;

que le prix à payer pour conquérir la journée de 8 heures (8 heures de labeur, 8 heures de loisir, 8 heures de repos) fût très élevé, que le 1er mai, c'était d'abord et avant tout une journée de lutte, à l'échelle internationale, où s'exprimaient la colère, les revendications et les espoirs de ceux qui n'avaient rien, que leur force de travail à louer pour des clopinettes.

En face, il y avait les capitalistes (qu'on appelle, aujourd'hui, les laudateurs décomplexés du libéralisme, c'est plus 'soft'), les nantis, les exploiteurs.

La réaction contre la canaille. Les indices boursiers contre les malheureux.

Alors, quand j'entends un candidat à la présidentielle, de surcroît copain avec une belle brochette de milliardaires, faire la promotion du 'travailler plus pour gagner plus', j'écris aujourd'hui, en ce mardi 1er mai 2007, les mains tremblantes, que Maria Blondeau est peut être morte pour rien.

 

18 septembre 2006

Le révolté

Je vais vous parler d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître.
Je vais vous parler de luttes contre la bonne conscience sociale qui n'ont plus la cote aujourd'hui, en ces temps formatés où l'engagement politique se résume à des manoeuvres partisanes.

Je vais vous parler d'un article publié dans Libération du 18 septembre qui parle d'un homme qui lui, non seulement n'a pas renié sa cause mais reste un insurgé tout en s'efforçant de se mettre au service de ses compagnons de lutte et de misère.Il s'agit d'un article remarquable de D.Simonnot sur un homme non moins remarquable, Jacques Lesage de La Haye, animateur de l'émission Ras-les-murs sur Radio Libertaire.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/205023.FR.php

J.Lesage de La Haye, nécessairement révolté à 17 ans parce que non résigné, avait choisi une voie"problématique" pour exprimer son refus d'un ordre lâche, étriqué et injuste.
Il l'a payé cher, de maisons d'arrêt en centrales (condamnation à 20 ans de réclusion).
C'était hier, c'était il y a longtemps mais ça reste terriblement actuel. Cette société intimide, punit et écrase tous ceux qui tentent de donner une signication politique à ce que l'on appelle par euphémisme le refus actif de la Loi.

J.Lesage de La Haye a été de ceux qui se sont élevés contre l'institution pénitentiaire et les conditions carcérales, posant des revendications précises tout en demandant la suppression de la prison, de toutes les prisons.

Il a incarné ce mouvement qui a travaillé les prisons et les travaille encore.
Avec le GIP de Michel Foucault en 1970 puis le CAP-Comité d'Action des Prisonniers (et son mensuel "CAP, Journal des prisonniers") de Serge Livrozet en 1972.

Jacques Lesage de La Haye, c'est également un psychologue militant de l'anti psychiatrie, adversaire de l'internement et des asiles, militant pour des lieux de vie, microstructures accueillant des populations en détresse et difficilement intégrables-cas sociaux, toxicos, psychotiques, sortants de détention etc.

Foin des discours.

Il faut lire et relire les pionniers de l'anti-psychiatrie, les Ronald Laing et David Cooper (surtout les formidables "Mort de la famille" et "Une grammaire à l'usage des vivants"), lire "De la prison à la révolte", l'essai -témoignage de Serge Livrozet (il doit être sûrement épuisé mais quand on veut on trouve) et bien sûr lire le bouquin de J.Lesage de La Haye   "la Mort de l'asile" qui est sorti en début d'année aux éditions Libertaires, comme tous ceux qui sont parus auparavant (notamment "la machine à fabriquer les délinquants").