12 mai 2008
Corrida à Nîmes : en exclusivité, la photo du bas-ventre de Matías Tejela
Approchez, mesdames et messieurs, c'est du bon, c'est du tout bon, de la qualité en veux-tu en voilà !
Oui, vous ma petite dame...Ce n'est pas un, ce ne sont pas deux coups de corne qui vous sont proposés mais...
Trois qu'il dit, le monsieur ? Mais non... Aujourd'hui c'est jour de fête !
Tel que vous me voyez, mesdames et messieurs, j'ai fait le déplacement pour vous présenter, vous ne rêvez pas, non pas un, non pas deux, non pas trois mais quatre coups de corne pour le prix d'un !
C'est for...mi...dable ! C'est offert par la maison, profitez de l'occasion, il n'y en aura pas pour tout le monde !
Comme c'est moi qui régale, je te montre, en exclusivité, la photo du bas-ventre, de Matías Tejela, tueur de son état, après sa corrida du samedi 10 mai à Nîmes.
La voici :
Bin oui ! C'est une pomme d'arrosoir.
Je t'explique.
A Nîmes, en ce moment, c'est la feria, rassemblement alcoolisé de débiles profonds qui se paluchent laborieusement devant le spectacle de toros torturés.
Chacun son truc.
Dans l'arène, Matías Tejela s'est fait chopé façon grand siècle par le troisième toro promis au massacre.
Gauche, droite, gauche droite. Menuet à 4 tours sur les cornes de la bestiole.
Eloigne les gosses, je vais te filer le diagnostic.
Perforé à donf, poinçonné comme un ticket de métro. Dès qu'il boit de la flotte, ça sort d'en bas, de partout.
D'où l'embout d'arrosoir.
Quatre trajectoires, mon bon, ma mie : 4 et 6 cm de profondeur pour les deux premières. 10 et 15 cm pour les suivantes.
Mais où qu'il a pris les secousses, ce garçon ? Dans l'aine !
Ne rougit pas, belle enfant mais ça veut dire qu'il a pris le colis dans les bas morceaux.
Près du cul, près de la quéquette, tout est question de centimètres.
Rapatrié à l'unité de soins intensifs de la clinique Kennedy de Nîmes, il va pouvoir méditer sur la relativité de la virilité.
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10 mars 2008
L’Arsène Lupin des noisettes

Dans le numéro du mois de mars du magazine National Geographic (édition française), il y a un dossier très complet sur l'intelligence animale.
Les articles font le point sur les exploits cognitifs des éléphants, la vie mentale des orangs-outans, l'utilisation de nombres, signes et symboles par les bonobos pour communiquer, la compréhension, par le perroquet, de concepts comme la similitude et la différence.
Mais des comportements que l'on croyait réservés aux hommes, telle la tricherie, ont été constatés chez les geais (qui se souviennent, quand ils constituent des réserves alimentaires, du 'quoi', du 'où' et du 'quand').
Les geais buissoniers sont effectivement capables d'un raisonnement réel, élaborant leurs provisions en fonction d'une future pénurie ou des intentions d'un autre oiseau.
Je m'apprêtais donc à développer le sujet de cette capacité de prévoyance chez certains animaux quand je suis tombé sur une autre info, étonnante et rigolote à la fois.
Rassemblant mon courage, je me suis jeté sur cette nouvelle mission.
L'acteur en est le célèbre écureuil gris, qui fait par ailleurs des misères à notre écureuil roux européen.
Michael Steel, de la Wilkes University (Pennsylvanie) a observé, chez cette bestiole, la capacité à feindre, à duper.
C'est la première fois qu'un tel comportement est vérifié chez des rongeurs.
En présence d'observateurs, l'écureuil gris fait semblant de cacher des provisions pour induire en erreur d'éventuels pilleurs.
Il a ainsi plusieurs cachettes, les vraies, bien garnies et les fausses, vides.
Feinte, tromperie, appelle-ça comme tu veux mais je te prie de croire que ça marche. C'est vraiment difficile de lui voler ses économies !
11:05 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08 novembre 2007
Corrida : une éducation de sang et de boue

La classe ! Puissant, profond, définitif !
Elisabeth de Fontenay, philosophe à Paris I (La Sorbonne), dont j'ai eu l'occasion de dire le plus grand bien sur ce blog, auteure d'ouvrages magistraux sur la relation homme /animal (notamment "Le silence des bêtes. La philosophie à l'épreuve de l'animalité") a publié un article sur la corrida, maltraitance festive, dans le quotidien Libération de ce jour (page 33).
C'est proche du chef d'oeuvre. Assénant des arguments en acier trempé, ridiculisant certaines objections complètement tartes des aficionados (l'abolition de la corrida conduirait à la disparition du 'Toro sauvage' en tant qu'espèce), c'est un propos qui ne devra jamais quitter votre table de travail, votre bureau, vos poches, quand il vous faudra répondre aux adeptes de ce culte sanglant de l'héroisme dont E.de Fontenay dit qu'il se rapproche du 'Viva la muerte" des fascistes espagnols.
Je vous le livre in extenso.
Savourez.
"C’est en 1853 que la corrida fut implantée en France par Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III.
Ce dernier ne s’est donc pas contenté de violer la Constitution de 1848, il a fait bon marché de la loi Grammont votée en 1850, cette première mesure de protection animale que la gauche républicaine avait défendue contre la droite cléricale. Etait-elle plus belle ou l’était-elle moins, la feria, avant que, vers 1930, on impose l’usage du caparaçon ?
Les festivités sanglantes commençaient alors, comme le souligne Elisabeth Hardouin-Fugier dans Histoire de la corrida en Europe du XVIIe au XXIe siècle, par le massacre des chevaux que montaient les picadors.
Ces animaux, affamés, hébétés, les yeux bandés, incapables d’esquiver la charge se faisaient immanquablement éventrer et, à moins d’être immédiatement recousus, ils se prenaient les pieds dans leurs entrailles.
Ernest Hemingway aura eu la bassesse d’écrire que, dans la tragédie de la mort du taureau, celle du cheval relevait plutôt du comique et Michel Leiris, que «l’ignoble sang des chevaux» représentait les menstrues féminines.
Interrogé sur son rapport à Michel Leiris, Jacques Derrida, qui avait accepté la présidence d’honneur du Comité radical anticorrida, avait répondu: «Je peux aimer ou admirer tels textes de Leiris sans cesser de me poser des questions sur le désir et l’expérience de Leiris lui-même.»
On rappellera du reste que Michel Leiris et Henry de Montherlant ont fini par dénoncer le cabotinage de la plupart des toreros et le verbiage héroïco-esthétique des aficionados.
Certes, j’accorderai à ceux-ci l’incontestable beauté d’un spectacle qui s’est imposé comme une cérémonie grandiose. Mais ce constat n’empêche aucunement de demander si le fait de procéder selon des rites annule la responsabilité morale d’une torture mortelle infligée en vue d’un pur plaisir.
Eugène Delacroix, qui a représenté des acteurs de l’arène, n’a jamais peint de corrida et il a écrit dans son journal que «là où coule le sang, l’art est impossible».
Les apôtres de la corrida disent, de surcroît, que son abolition constituerait une faute écologique en ce qu’elle mettrait fin à l’élevage des taureaux sauvages, race qui concourt à la diversité des espèces. Or, il faut savoir que la zootechnie n’a pas moins créé et cultivé le taureau dit de combat que le bœuf du Charolais si méprisable aux yeux des zélateurs du «toro bravo».
Celui-ci ne combat pas de nature comme un chien chasse de race puisqu’il est méthodiquement entretenu dans une «hostilité familière».
Les taureaux sauvages sont à peu près élevés comme on élève des faisans pour les tirer et, en liberté, ils n’attaquent guère les hommes, sauf circonstances exceptionnelles.
Ce qui rend le taureau non pas «brave» mais furieux c’est son conditionnement, sa contention lors du transport et son enfermement dans le toril.
C’est avec la justification éthique de la corrida qu’on touche au comble de la supercherie. Les aficionados cultivés se réclament d’une morale aristocratique d’inspiration stoïcienne, ils exaltent la virilité héroïque de deux êtres exceptionnels, le toro et le torero. Selon eux, cette éthique de la lutte à mort irait à l’encontre de la tranquillité bourgeoise et de ses pleurnicheries sur les droits.
Ainsi opposent-ils la mort debout du taureau dans l’arène à la mort passive et ignominieuse des bœufs à l’abattoir. Ce mode de légitimation a quelque chose de grotesque.D’abord parce que parler de la bravoure des toros relève d’une pure projection.
Comment explique-t-on en effet que certains d’entre eux refusent le combat à tel point que pour les exciter, on lâchait naguère sur eux les molosses des abattoirs de Séville ? Ensuite, parce qu’en dépit de Picasso, ce culte de l’héroïsme viril pue son «Viva la muerte !» fasciste.
Enfin, parce que les spectateurs se contentent d’être assis et de regarder. On ne nous fera quand même pas prendre le voyeurisme collectif pour un acte de courage.
La corrida est un spectacle qui consiste à infliger au taureau des tortures savantes, de manière à retarder le moment fatal. Les harpons des banderilles plantées sur son dos l’ensanglantent et entament ses muscles un peu plus à chacun de ses mouvements mais les blessures n’en sont pas mortelles.
C’est au bout de vingt minutes que, les poumons remplis de sang, tombant à genoux – et non debout ! –, il reçoit l’estocade, laquelle ne met pas fin à son supplice puisqu’il faut encore que l’achèvent les puntilleros armés de couteaux : dans l’arène mais à l’abri des regards.
Si Hugo et Schoelcher ont jugé capital de porter au nombre de leurs combats l’opposition à la corrida, c’est bien qu’il y a quelque chose de politique au cœur de cet engagement contre la magie du sang, de la volupté et de la mort.
«Je suis absolument contraire, écrivait Zola, aux courses de taureau, qui sont des spectacles dont la cruauté imbécile est, pour les foules, une éducation de sang et de boue."
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