23 juillet 2009

Abeilles : la mort aux trousses

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Au cours de l'hiver 2006-2007, les Etats-Unis ont perdu 40 à 80% de leurs colonies d'abeilles.
Au Canada, ce sont 40% des ruches qui manquent à l'appel.
En France, depuis 1995, ce sont plus de 500000 ruches qui auraient été anéanties.

A chaque fois, les symptômes de la mystérieuse épidémie baptisée Colony Collapse Disorder (Syndrome d'effondrement des colonies) sont les mêmes : les abeilles crèvent.

Natacha Calestrémé, militante environnementaliste et cinéaste (elle a notamment réalisé un épatant documentaire sur Paul Watson, "L'oeil du cachalot", en 2001) a enquêté pendant 3 années sur les causes de ce Colony Collapse Disorder.

Un peu partout dans le monde, experts et scientifiques divergent dans leurs conclusions avec les apiculteurs catastrophés et en colère : les raisons de ces morts massives seraient multifactorielles.
L'enquête de Natacha Calestrémé va, à son terme, relever qu'en fait de coupables, il n'y en a qu'un seul : les pesticides, ces cocktails neurotoxiques, type Gaucho, Régent TS, Cruiser...
 
La France est, à ce sujet, le premier consommateur de pesticides (on met sous ce vocable les produits phytosanitaires tels que les pesticides à proprement parler, les fongicides et les herbicides) en Europe et le troisième à l'échelle mondiale.

Cette enquête est remarquable. Elle a fait l'objet d'un film (durée 52 mn) : "Disparition des abeilles, la fin d'un mystère."
Ce film a été diffusé sur France 5 en mars et en avril derniers. 
Tu penses bien que les firmes pharmaceutiques et les lobbies agro-industriels ne se sont pas précipités pour lui faire de la pub !

Si tu as raté les 4 diffusions (dont une à 03h55!), tu peux quand même te rattraper en allant sur le site de Natacha Calestrémé : http://www.natachacalestreme.fr/
Il est proposé à la vente en DVD.

Mais il est possible de le voir en streaming sur le site de vidéo à la demande de France 5. Cela t'en coûtera 2,99 euros.
C'est ici :  
http://www.francetvod.fr/site-vod/disparition-des-abeille... 

 

18 juin 2009

Stopper la perte de biodiversité en France : objectif manqué pour 2010

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A l'UICN (Union Mondiale pour la Nature), il y a des gens déterminés, sincères mais bien élevés. Pas le genre à gueuler et à s'emporter pour un rien.
Quand ils disent que l’échéance de l’engagement de la France de stopper la perte de biodiversité en 2010 se rapproche, et bien que plusieurs actions aient été achevées ou engagées, les indicateurs restent principalement au rouge, c'est qu'ils sont quand même très énervés.
Et s'ils rajoutent que : " La situation reste toutefois préoccupante : les populations d’oiseaux communs continuent de décliner en campagne et dans les forêts ; l’urbanisme et les infrastructures de transports poursuivent la consommation et la fragmentation d’espaces naturels ; les espèces menacées sont toujours aussi nombreuses ; la présence de pesticides est détectée dans la quasi-totalité des cours d’eau et seuls 40% de l’ensemble des masses d’eau est considéré en bon état en 2008…." c'est qu'ils sont en colère.

En même temps, on est dans un pays qui considère les viandards comme des protecteurs de la faune et de la biodiversité.
Je n'invente rien. La 'loi chasse' de la fin d'année dernière permet aux fédérations de chasse d'être agréées au titre de la protection de la nature.
Et si je ne m'abuse, il a été question de mettre Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA, à la place de Michel Barnier comme ministre de l'agriculture et de la pêche. Question pesticides, c'est vrai qu'il en connaît un rayon !

C'est comme si tu demandais au clergé de l'église catholique de mener le combat contre la pédophilie ou à TF1 de promouvoir l'esprit critique et l'insolence dans ses programmes.

Le bilan 2008 tiré par l'UICN, il est visible ici : http://www.uicn.fr/IMG/pdf/Bilan_SNB2008_UICN_France.pdf<...

 

30 mars 2009

Le seigneur des anneaux est un travailleur de l'ombre

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"Je suis un ver et non pas un homme."
Aussi les ramassait-ils sur la route et les mettait à l'abri, de peur qu'ils ne fussent écrasés sous les pieds des passants.
Vie de saint François d'Assise.Celano.Vita Prima. Chap.29

Une migration printanière incroyable de par son ampleur a lieu en ce moment et personne ne s'en rend compte : en moyenne, pour chaque hectare de bonne terre accueillante (un sol de forêt par exemple), une tonne de lombrics se sont lancés dans une ascension lente mais implacable.

Les lombrics glissent sans bruit vers la surface, boulottant, creusant des galeries aussitôt comblées par le produit de leur digestion. Et cela facilite le drainage et l'aération des sols, le développement des racines.

Ce ver tout mignon, au cours de sa vie (deux ans environ), il aura produit quelque 100 à 150g d'humus. C'est un saprophage, c'est à dire qu'il se nourrit de matière organique en décomposition.

Tu savais que les vers de terre représentent 80% du poids global des animaux terrestres ?

Il y a de quoi nous rendre humbles.

04 février 2009

Cannelle, est-ce ta liberté d'animal sauvage qui gênait ?

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Stéphan Carbonnaux est un naturaliste (et c'est d'abord un super ornitho) que j'apprécie beaucoup. Il est présent dans les débats, les combats, qui agitent le petit monde des défenseurs des grands prédateurs que sont le loup, le lynx et l'ours.
Autant dire que les tirs sélectifs ('malencontreux', voire 'involontaires' diront les viandards) encouragés par certains élus et responsables agricoles sur ces animaux magnifiques, sauvages, forcément sauvages, le mettent en rogne.

Stephan Carbonnaux vient de publier un petit bouquin (8 euros) qui s'intitule "Le cantique de l'ours", aux éditions Transboréal.

Il a réagi à la mort, programmée, de l'ourse Cannelle, dernier spécimen (oui...Cette femelle plantigrade était le dernier spécimen de son espèce) de la souche Pyrénéenne.

Voici un petit extrait de son livre, livré par un site que j'aime particulièrement. On est bien en phase, son rédacteur et moi. 
Je l'ai mis dans mes liens préférés mais comme je ne suis pas certain que tu aies percuté, je te redonne l'adresse :
http://www.buvettedesalpages.be/

"C'est donc à la Toussaint, la veille du jour des défunts, qu'une lignée vieille de cent mille ans a été condamnée à s'éteindre faute de femelles pour assurer sa survie. Si j'ajoute que Cannelle est morte au-dessus des gorges d'Enfer - je n'invente rien-, on ne sera pas autorisé à toutes les spéculations ésotériques; cependant on jugera que le destin avait bien fait les choses en choisissant la date et le lieu.

[...] Les institutions plus ou moins compétentes, et rétribuées à ce titre, n'ont aucune espèce d'excuse à produire devant pareil épilogue.
En première ligne, l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn, dirigée depuis sa création par Jean Lassalle, restera dans l'histoire de notre pays, et des Pyrénées tout entières, un établissement fautif qui a su irrémédiablement gâcher les chances qui s'offraient à lui. Jean Lassalle, dont les pouvoirs sont très importants (maire, vice-président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, député, président de l'Association des populations des montagnes du monde, fidèle de François Bayrou, etc.), est l'homme sous l'ère duquel s'est éteinte la dernière ourse d'une espèce qui précéda nos semblables dans les vallées.
Quoi qu'il fasse dans les mois qui viennent, alors qu'il est en politique depuis plus de deux décennies, on jugera vite sa responsabilité comme écrasante :  il vivait encore quinze ours dans les Pyrénées occidentales en 1983, et tout était alors possible.

Aucune réparation, aucun remplacement ne viendra effacer cette faute originelle."

 

22 août 2008

Rapaces : le tir et le poison, démons d'un passé que l'on croyait révolu

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Vite revenu de vacances avant de repartir vers l'île d'Oléron.

Mais heureux de trouver en attendant, dans la boîte aux lettres, ce merveilleux numéro spécial de Rapaces de France, le dixième du nom.

C'est un hors-série publié chaque année par la LPO.

10 ans déjà, comme le temps passe ! Cela fait dix ans que le FIR (Fonds d'intervention pour les rapaces), né en 1969, fusionnait avec la LPO pour constituer ce que l'on appelle aujourd'hui la Mission Rapaces. 

Je te rappelle qu'il y a 50 ans, ce sont quasiment entre 100000 et 300000 rapaces (sédentaires et migrateurs) qui étaient dégommés, annuellement, par les viandards et leurs copains miliciens des bosquets et talus. 

Pendant l'hiver 1962-1963, on a estimé que ce sont 30000 buses qui ont été pulvérisées par les tueurs du dimanche.

Grâce au travail, parfois ingrat, de milliers de bénévoles, le faucon pélerin, le Milan royal, l'Aigle botté, le Gypaète barbu, le Busard cendré, le Faucon crécerelette et tous les autres rapaces diurnes, comme nocturnes (Hibou des marais, Effraie des clochers...) sont désormais visibles, reconnus, suivis, protégés.

L'engagement naturaliste demeure exceptionnel. Les résultats sont très encourageants.
Et il y a des hauts, des bas, comme toujours.

2007 a été ainsi une année noire pour le Milan royal, entre empoisonnements, intoxications et tirs de plombs.

Les rapaces, comme les oiseaux, comme tous les animaux, sont des êtres sensibles et méritent d'être admirés pour ce qu'ils sont et respectés parce qu'ils sont à leur place, dans leur rôle.

14 mai 2008

A Luchon, quand l'ours est jeté à terre, la bêtise relève la tête

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Mais non, ça n'a rien à voir !

Il n'y a aucun rapport, mal intentionnés que vous êtes, entre les dégradations, les intimidations qui ont eu lieu à Luchon (Haute-Garonne) ces derniers jours et la tenue d'un colloque, dans cette même ville, du 15 au 17 mai, sur le thème "Des ours, des loups, des hommes : initiatives européennes pour la cohabitation et la valorisation".

Ce symposium qui rassemblera plusieurs acteurs et professionnels engagés dans l'amélioration de la coexistence entre les grands prédateurs et l'agriculture, notamment de la cohabitation homme/ours, est un évènement majeur car il balaiera toutes les questions liées à la problématique (système d'indemnisation des dégâts, renforcement de la protection des troupeaux ovins, valorisation de l'écotourisme...).

Est-ce pour cela que la nuit tombée, par deux fois, les 07 mai et 13 mai, des vandales ont commis des exactions, fait débuter des incendies pour mettre la pression sur les bonnes volontés qui recherchent des solutions raisonnées et de bon sens ?

Il y aurait-il une stupide volonté de nuire ?

A la lecture (dans la Dépêche du Midi) des propos de Francis Ader, président de l'Adip, l'association de défense de l'identité pyrénéenne on se dit qu'effectivement, ces déprédations ne sont que pures coincidences :" C'est de la provocation de tenir une telle réunion, ici, dans les Pyrénées. Nous sommes contre, c'est tout. Nous n'organiserons rien officiellement mais nous ne garantissons pas de tenir la base".

 

23 mars 2008

Osons ! Sauvons le vison de Langon

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L'autoroute est peut-être de Gascogne mais le vison n'est pas très vaillant.

Je vais te raconter une belle histoire. Emerveillé tu seras. Elle ne se déroule pas en des temps très anciens mais au contraire, elle connaîtra son épilogue prochainement, sous l'ère Sarkozienne.

Où il est question de relier, par une autoroute (A65), Pau à Langon.

Pourquoi ? Pour relier Pau à sa capitale régionale, Bordeaux et mettre cette dernière à proximité des stations de ski pyrénéennes (en jargon technocratique, ça s'appelle dynamiser le secteur touristique des Pyrénées centrales).

Autre avantage avancé, ce tronçon de 150 km (2X2 voies) permettra de désenclaver Mont-de-Marsan (amélioration des dessertes).

Langon, si tu n'as jamais eu une carte routière de la région Aquitaine sous les yeux, est, je te le précise, une commune située à quelques 40 bornes au sud de Bordeaux, sur la A62 en direction d'Agen. 

Donc, la réalisation de cette autoroute dite de Gascogne est prévue pour octobre 2010 et a été confiée à A'LIENOR, une structure dédiée composée des groupes EIFFAGE (concessionnaire et constructeur) et SANEF (opérateur de réseau).

Ce projet d'autoroute a bien sûr des opposants. Pour tout un tas de bonnes raisons : il néglige l'intérêt écologique des zones humides traversées où vivent de nombreuses espèces en danger, c'est un projet d'une autre époque, qui ne tient pas compte du défi climatique, des enjeux environnementaux car élaboré sans réflexion énergétique...

Cette autoroute A65 a été qualifiée d'inutile par les opposants regroupés sous le vocable de 'l'appel des 9 fontaines', inutile et néfaste car elle détruirait des milliers d'hectares de forêt, de zones humides, enterrant à l'occasion deux espèces en grande précarité, l'Ecrevisse à pattes blanches et le Vison d'Europe.

Le Vison d'Europe, justement.

Mustela Lutreola. Il ne subsiste (avec quelles difficultés !) que dans quelques départements.

Il est de la famille des mustélidés, comme la belette, la fouine, le putois ou encore l'hermine.
Il vit près de l'eau, surtout la nuit et au crépuscule.

Jeudi 20 mars, le Comité permanent  du Conseil national de protection de la nature a estimé que les mesures de compensation vis-à-vis de la protection de ce petit animal à fourrure présentées par la société A'LIENOR restaient insuffisantes et a rejeté à l'unanimité moins une abstention la "demande d'autorisation de destruction d'espèces protégées".

Ce Comité, ce n'est pas n'importe quoi;  il s'agit de la structure permanente du Conseil national de la protection de la nature (présidé par le ministre de tutelle) qui a pour mission de donner un avis au ministre et de préserver et restaurer la diversité de la flore et de la faune sauvages et des habitats naturels.

Composé de 14 membres, ce Comité permanent se réunit toutes les fois qu'il est nécessaire.

Autrement dit, l'avis qu'il a donné à Jean-Louis Borloo sur l'autoroute de Gascogne constitue un sérieux coup d'arrêt au projet.

Les experts d'A'LIENOR avaient d'ailleurs reconnus, sans qu'on les y contraigne, que les mesures qu'ils se préparaient à prendre pour protéger le vison ne seraient assurément pas suffisantes.

L'avis du Comité permanent est consultatif. La décision appartient désormais à Jean-Louis Borloo qui, souvenez-vous en, s'était engagé, au sortir du Grenelle de l'environnement, à geler les nouveaux programmes autoroutiers et à stopper la perte de la biodiversité à l'horizon 2010.

Ce projet de la A65 a du plomb dans l'aile. Même s'il va être amélioré pour être représenté au Comité permanent.

De vous à moi, je crois savoir que le ministre est très attaché à l'esprit du Grenelle de l'environnement.

Espérons. Les travaux sont stoppés. C'est déjà ça.

 

16 mars 2008

Les Jardiland sont des dépôts d’armes de destruction massive

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Sur cette terre, l'homme est un passager extrêmement dangereux, habillé de faux bons sentiments.

Lauriane D'Este, dans son dernier ouvrage "La fin annoncée d'Homo Sapiens Sapiens" n'y va pas par 4 chemins.

En détruisant, aveuglément mais méthodiquement (oui c'est possible) les maillons, tous les maillons, de la chaîne du vivant, de la biodiversité par conséquent, il se suicide.

Il faut croire que cette évidence est si transparente qu'elle n'interpelle plus grand monde.

Sauver la biodiversité, c'est sauver l'homme. Mais en l'espèce, faudra pas compter sur un patriarche nommé Noé pour faire le taf.

Les raisons de l'hécatombe sont connues. Le triste tableau est visible par tous. 

Et que fait Prométhée ? Rien ! Il revient déjà des sports d'hiver après avoir fait des centaines de kilomètres pour pouvoir skier 4 jours, le reste peut attendre.

A ce maître et seigneur de la nature, je conseille de lire le texte qui suit. 

Ecrivain, voyageur éternel, vagabond planétaire, Sylvain Tesson a publié un remarquable et terrible papier ce jeudi 13 mars dans le quotidien Libération.  
Tu sais, ces propos qui te font dire : "Ça c'est envoyé, c'est exactement ce que je voulais balancer, mais en mieux".

Déjà, le titre est scotchant. Il fait évidemment référence au docu de l'avant-veille passé sur Arte qui révèle les turpitudes de Monsanto, nécroentreprise, l'empire du mal.

Mais la réflexion de S.Tesson va bien au delà de la dénonciation d'un species killer.

Vérifie ! 

Le pesticide, ce cousin du cavalier mongol

Les déjeuners sur l’herbe des années 80. Les guêpes lançaient leurs raids sur les tartines, les colonnes de fourmis, leurs assauts dans les coupelles. C’était presque impossible de se coucher dans l’herbe.
 
Près de trente ans plus tard, forêt de Fontainebleau par un matin de l’hiver 2008 : ambiance à la Ray Bradbury après l’hiver nucléaire. Pas un vrombissement, pas un bruissement. Sur l’allée, un bousier agonise. Une mouche traverse l’air, seule. La forêt ressemble à un sépulcre.

Dieu.
Gérard Luquet est un lépidoptériste inquiet. A force de passer sa vie la barbe enfouie dans les herbes, ce professeur du Muséum d’histoire naturelle a remarqué que la vie s’effondrait dans les espaces naturels franciliens.
 
Il y a longtemps que les larves du hanneton ne labourent plus les champs de Beauce. Mais aujourd’hui on est presque en peine de trouver un papillon sur les corolles. En langage scientifique, cela s’appelle
«érosion de la biodiversité».
 
Le bassin parisien n’échappe pas à la tendance planétaire : sous la pression des 6,5 milliards d’humains, 2 à 3 espèces vivantes s’éteignent à chaque heure.
Le biologiste Edward O. Wilson prédit la disparition de 30 à 40 % des espèces d’ici à 2050. On s’inquiète un peu pour le loup et la baleine.

A Pau, le tribunal jugera le tueur de l’ours Cannelle.
Mais les insectes ? Qui s’inquiète de la partie immergée de l’iceberg ?
Saisit-on que ce qui se voit se nourrit de ce qui ne se voit pas ? Ni les sols ni les fleurs ne survivraient à la disparition des insectes.
 
Ni les hommes. Les Égyptiens le savaient : ils avaient fait du scarabée un dieu.
Dans son laboratoire, Luquet égraine la liste noire : 18 % des espèces d’orthoptères et 34 % des espèces de lépidoptères ont disparu de l’Ile-de-France, 50 % des oiseaux ont déserté Paris, plus de 40 % des papillons encore présents connaissent une inquiétante régression.
 
Le nettoyage par le vide commence en 1950. L’urbanisation étend ses tentacules de béton, gagnant sur les milieux naturels.
L’Ile-de-France, c’est Calcutta. Onze millions de Franciliens sur 2 % du territoire national. Toute nouvelle route est une balafre qui cloisonne l’espace.
 
Comment deux charançons amoureux séparés par l’autoroute A 86 peuvent-ils s’y prendre pour convoler ?
Puis l’agriculture et la sylviculture industrielles tuent les sols. Le pesticide est un cousin du cavalier mongol. Papillons et coléoptères meurent de la concentration de nitrites dans les plantes.
 
On croirait du Péguy : le petit peuple tombe au pied des épis mûrs. Les paysages nous trompent. Ils donnent à la campagne le visage de la Nature.
 
On croit qu’il faut se réjouir de ce que les terres cultivées occupent la moitié de la surface de l’Ile-de-France mais on ignore qu’il y a davantage de vie dans la cour carrée du Louvre que dans un champ de blé traité du Gâtinais.
  
«Il y a les jardins !» diront les optimistes. «Des zones quasi abiotiques», corrige Luquet, lucide.
 
Dans les campagnes mitées de pavillons, les jardiniers de la rurbanisation noient de fongicides leur pré carré pour obtenir un gazon au garde-à-vous, droit dans ses mottes, où assister confortablement à l’épanouissement des géraniums asiatiques et des thuyas mortifères.
 
Les Jardiland sont des dépôts d’armes de destruction massive.
  
En 1990, deuxième coup de glas pour la nature francilienne. Le réchauffement global pousse certaines espèces méditerranéennes vers le nord.
Pour les insectes provençaux, l’Ile-de-France devient vivable. C’est l’alerte ! Luquet tient la carte de l’avancée des fronts, comme à la guerre. La thécla des nerpruns est dans l’Essonne. La mante et les processionnaires sudistes ont gagné Fontainebleau.
Le grillon d’Italie est déjà chez les ch’tis ! Les espèces franciliennes de souche dites eurosibériennes (ce vieux rêve poutinien, réalisé par les entomologistes !) disparaissent du bassin parisien, cherchant le froid vers le septentrion.
  
«Le problème, dit Luquet, est que la proportion d’insectes qui migrent vers les hautes latitudes est supérieure à celle d’espèces qui arrivent.»
L’Ile-de-France, terre d’abandon.
Silence.
 
La vie vaut-elle la peine dans un monde déserté par l’azaré de l’esparcette, le dectique des brandes et l’hespérie des potentilles ?
Veut-on que les enfants grandissent sans savoir que la mélitée a pianoté sur les digitales ?
Pourquoi les bêtes s’opiniâtreraient-elles dans un monde désenchanté ?
«La biodiversité recule», disent les naturalistes.
Les dieux se retirent, écrivait Léon Bloy. Ils emportent avec eux leurs joyaux : coléoptères et papillons.
Les futaies s’emplissent de silence, cet écho du progrès.

19 février 2008

La chauve-souris et le TGV

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Le projet LGV (Ligne à Grande Vitesse) Rhin-Rhône est entré en phase de réalisation depuis juillet 2006 avec les travaux de génie civil.
Cette ligne Est reliera Dijon à Mulhouse en passant par Besançon, Montbéliard...

Mais je ne suis pas là pour faire la promo de RFF ( Réseau Ferré de France), tu es bien d'accord ?

Par contre, si je peux attirer ton intérêt sur le sort malheureux qui attendait plusieurs milliers de chiroptères sans l'intervention de Sébastien Roué, je ne vais pas me gratter.

Un chiroptère, c'est un mammifère vivant la nuit, doté d'ailes membraneuses; une chauve-souris, si tu préfères.
Et bien, du côté d'Ougney, dans le Jura, il y a des colonies conséquentes de ces bestioles. On y estime la population à 8000 (il y a des Grands Murins, des Ryhnolophes Euryales mais aussi des Minioptères de Schreibers).  
Ces chauves-souris vivent à proximité des futures voies et la catastrophe était prévisible.
Dès la nuit tombée, quand le moment de la chasse arrive, personne n'aurait pu éviter les collisions et la disparition rapide de ces colonies.

Certaines espèces chassent notamment à faible hauteur, avec un vol lent.

Un gars, Sébastien Roué, chargé de mission " Chauves-souris" à la Commission de protection des eaux, de Franche-Comté, s'est démené grave pour trouver des solutions.Avec la participation honnête et intelligente de RFF et après analyses des études de terrain (le territoire de chasse s'étend sur 35 km et 12% des chiroptères coupent le tracé futur), des aménagements ont été mis en place.
En profitant du rétablissement du lit de cours d'eau, d'une route, des passages sous les voies ont été agrandis pour servir de tunnels à chauves-souris. 

Mais comment être sûrs que ces animaux, même s'ils sont futés, emprunteront ces passages protégés ?

Tout simplement en plantant des arbres de la sortie des grottes jusqu'aux passages car les chauves-souris se déplacent en fonction du paysage.

Elles seront donc incitées à suivre ces itinéraires 'balisés' naturellement.

Et voilà ! Elles ne craignent plus grand chose.

Comme quoi, avec un peu de bonne volonté, de sous et profitant du bon boulot des ingénieurs, il est possible d'intégrer le souci de préserver le vivant dans les grands projets d'infrastructure.

Ah oui, petite précision : la préoccupation environnementale est désormais une responsabilité imposée par l'Union Européenne.
Les impacts d'un projet sur la faune, la flore, les ressources naturelles sont désormais pris en considération.
Une espèce comme le Grand-Murin, par exemple, est concerné par la directive Habitats en annexes 2 et 4.

Mais il en a fallu des batailles !

 

18 janvier 2008

Détruisez l’environnement et l’environnement vous détruira…

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En y repensant, c'est une formidable nouvelle que celle du jugement exemplaire et inédit prononcé par le Tribunal correctionnel de Paris à l'encontre de Total et de 3 autres prévenus dans le dossier de l'Erika.

Il faudra en mesurer toutes les implications futures. D'ores et déjà, la notion de préjudice écologique est traduite en droit français.

C'est bien plus prometteur que les gesticulations fantaisistes des adeptes du développement durable (pour qui ? Certainement pas pour la planète) à la mode Hulot ou les grandes résolutions à la gomme du Grenelle de l'environnement, dont on devine qu'elles amusent la galerie pendant que les affaires (le pillage des ressources naturelles, pour être direct) continuent.

Avec ce jugement, en notre beau pays arrosé de pesticides, où les sols deviennent infertiles et les eaux accueillent force intrants chimiques, il y aura matière à poursuivre, désormais, tous ceux qui se revendiquent du droit du plus fort.

Je vais faire sobre sur le coup.
Me contenter de l'excellent communiqué de la LPO, partie civile dans l'affaire de l'Erika.
Car il donne confiance aux individus qui refusent les empoisonnements, les pollutions, les saccages, les contaminations, toutes ces horreurs perpétrées au nom du profit, du fric, du pognon.

Les quelques 150000 oiseaux de mer victimes de cette catastrophe  n'ont pas pu jouer les prolongations. Excusez-les.
L'eider à duvet (photo de droite) a disparu des côtes françaises depuis l'année 2000.
Il s'en fout, de ces dommages et intérêts que Total  ne manquera pas de raquer parcimonieusement après avoir exercé tous les recours.
Il s'en fout car la vie était devenue invivable.
D'ailleurs, il est mort.

Erika : la reconnaissance du vivant non-commercial, une grande victoire pour la LPO et la biodiversité !   

Le 16 janvier, la 11e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris  a rendu son jugement dans le procès de l’Erika.
Pour la première fois en France, le préjudice écologique, résultant de l’atteinte portée à l’environnement, a été reconnu !
La LPO salue cette décision sans précédent de reconnaissance du vivant non-commercial et espère qu’elle fera œuvre de droit au niveau national et international. Il s’agit en tout cas d’une grande victoire pour la biodiversité !
 
  
Fin janvier 2002, deux ans après le naufrage de l’Erika, la LPO a déposé plainte auprès du Tribunal de Paris, pour que soit reconnus trois chefs de préjudice : le préjudice moral, le préjudice économique et le préjudice écologique.

Le 16 janvier dernier, huit ans après les faits et quatre mois de procès (12 février-13 juin 2007), la LPO, défendue par ses avocats Maître François-Xavier Kelidjian et Maître Eric-Denis Ferré, a assisté à la lecture du jugement devant la 11e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris.

Le Tribunal, par la voie de son Président Jean-Baptiste Parlos, a condamné les prévenus, personnes morales et physiques, à des amendes maximales (Total SA et Rina : 375 000 euros ; l’armateur et le gestionnaire : 75 000 euros) et à verser solidairement des dommages et intérêts aux parties civiles (192 millions d’euros).
 
Si Total décidait de faire appel de cette décision, ce serait indécent et méprisant à l’égard du vivant, compte-tenu, notamment, des efforts médiatiques déployés actuellement par la compagnie sur la protection de la biodiversité et de l’environnement.
Parmi les associations de défense de l’environnement, la LPO est celle qui a obtenu les plus fortes indemnités : 75 000 euros pour les frais de justice, 100 000 euros pour le préjudice moral, 300 000 euros pour le préjudice économique non réparé par le Fipol et 300 000 euros pour le préjudice écologique.
Il s’agit là d’une reconnaissance des compétences d’une ONG et du travail de milliers de bénévoles. 
 

C’est, en particulier, sur ce préjudice écologique que la LPO entendait obtenir satisfaction. L’enjeu majeur du procès de l’Erika, pour la LPO, était de voir cette reconnaissance du préjudice environnemental étendue à l’avifaune sauvage.
En effet, ce dernier permet aux associations de défense de l’environnement, gérant des espaces naturels, de demander réparation.

La situation est historique. Cette décision est une première en France. Nous espérons qu’elle permettra de planter les racines d’une jurisprudence et conduira à davantage de respect et d’indemnisations potentielles à l’égard de la nature.
Il s’agit en tout cas, d’ores et déjà, d’une grande victoire pour la biodiversité !
 

Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO

 

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