30 novembre 2008

Les hommes, des animaux et des plantes

 

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"L'humanité s'installe dans la monoculture; elle s'apprête à produire la civilisation en masse comme la betterave". Tristes tropiques-1955

Claude Lévy-Strauss a eu 100 ans le vendredi 28 novembre.
Cet homme, personnalité complexe, est le plus grand ethnologue et anthropologue du monde, un savant parfait, disent certains.Un géant de la pensée, un homme bon, un écologiste avant l'heure.

Il représente un courant majeur dans l'anthropologie, l'anthropologie structurale, qui s'est trouvé par ailleurs confronté à une conception empiriste, sociale, de l'anthropologie anglo-saxonne, britannique particulièrement. 

Claude Lévy-Strauss a jeté des ponts entre la philosophie et les sciences de l'homme. Il s'est attaché à montrer ce qu'il en coûtait à l'homme de s'écarter de sa nature.
En d'autres termes, le droit exhorbitant qu'il s'est attribué de disposer, à sa guise, du vivant, de la planète, de l'animal, aura un prix : il sera la dernière victime.
Pour Claude Lévy-Strauss, le respect de l'homme envers ses pareils n'est qu'un aspect particulier du respect à l'égard de toutes les formes de vie.

Je te livre un extrait d'un article publié en 2001 qui s'intitule "La leçon de sagesse des vaches folles".
Interpellé par cette monstruosité que fut l'alimentation du bétail en farine animale (nous avons transformé alors les bovins en cannibales), il  écrivait ceci :

"Le lien entre l'alimentation carnée et un cannibalisme élargi jusqu'à lui donner une connotation universelle a donc, dans la pensée, des racines très profondes.
Il ressort au premier plan
avec l'épidémie des vaches folles puisque à la crainte de contracter une maladie mortelle s'ajoute l'horreur que nous inspire traditionnellement le cannibalisme étendu maintenant aux
bovins.

Conditionnés dès la petite enfance, nous
restons certes des carnivores et nous nous rabattons sur des viandes de substitution. Il n'en reste pas moins que la consommation de viande a
baissé de façon spectaculaire.

Mais combien
sommes-nous, bien avant ces événements, qui ne pouvions passer devant l'étal d'un boucher sans éprouver du malaise, le voyant par antici
pation dans l'optique de futurs siècles?
               
Car un jour viendra où l'idée que, pour se nourrir, les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et exposaient complaisamment leur chair en lambeaux dans des vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu'aux voyageurs du XVIe ou du XVIIe
siècle, les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains.  

La vogue croissante des mouvements de défense des animaux en témoigne : nous percevons de plus en plus distinctement la contradiction dans laquelle nos moeurs nous enferment, entre l'unité de la création telle qu'elle se manifestait encore à l'entrée de l'arche de Noé, et sa négation par le Créateur lui-même, à la sortie."

 

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