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04 juin 2008

Dans les yeux de Jane Goodall, la même flamme

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L'atmosphère saturée d'humidité bourdonnait de chaleur. La saison des pluies avait commencé. Comme tous les jours, j'avais été chercher mes magazines (La vie des bêtes, Pilote, le journal de Tintin, Strange...).
Il arrivaient 20 jours après leur parution en métropole.
Une lecture; et la découverte de Jane Goodall qui, sous l'autorité bienveillante du docteur Louis Leakey, paléo-anthropologue, avait consacré sa vie à la primatologie.

Circonstances tout à fait ordinaires. Mais décisives ? En un sens oui.
Tu comprendras mieux si je te précise que j'ai passé le premier tiers de ma vie présente en Afrique noire. D'ailleurs, je suis né à quelques kilomètres de l'équateur, le parallèle, pas le pays. Au Gabon.
Ensuite, j'ai pas mal crapahuté, des régions sahéliennes aux forêts tropicales. De l'Ogoué à la lagune d'Abidjan.

Les animaux étaient sauvages avant d'être domestiques. Tu rencontrais plus facilement des gazelles et des singes grivets que des moutons ou des chats angoras.

A cette époque, je ne savais pas que Jane Goodall était végétarienne. Moi, je l'étais depuis l'âge de 5 ans.
Mais je l'admirais, elle et Dian Fossey, pour leur engagement en faveur des grands singes.
Jane s'intéressait plus spécialement aux chimpanzés, dans la réserve de Gombe en Tanzanie.
Dian, c'était les gorilles, au Rwanda.
Leurs travaux effacaient les frontières entre l'homme et l'animal. Le propre de l'homme ne voulait presque plus rien dire.

Comme un con, je n'ai pas forcé les opportunités de me rendre sur les lieux de leurs exploits quand je suis allé en Afrique de l'est (Kenya, Tanzanie, Rwanda, frontières du Zaire et du Burundi) 10 ans plus tard.
Je devais avoir d'autres préoccupations, je suppose, pour rater ça.

Jane se porte bien. A 74 ans, elle abat un travail considérable.Jamais de répit.

Elle vient de terminer un livre : Nous sommes ce que nous mangeons, Editions Actes Sud.

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A cette occasion, elle a accordé au toujours très plaisant magazine Terre sauvage (numéro 239 de juin reçu hier) un entretien époustouflant.

Je t'en livre quelques extraits.

Dans votre dernier livre, Nous sommes ce que nous mangeons, vous traitez de problèmes de société...

Parce que tout est lié ! Lorsque vous vous préoccupez du sort des animaux dans les forêts tropicales, vous vous rendez rapidement compte que l'on coupe les arbres pour que vous puissiez rouler dans votre voiture.
Ou manger de la viande.
Car la production de viande, qui est en forte augmentation dans lemonde, en particulier en Chine, porte également préjudice à l'environnement : il faut bien nourrir le bétail de toutes ces fermes intensives !
Savez-vous à combien se monte la part des récoltes mondiales servant à nourrir les animaux ? Au tiers, peut-être même à la moitié !

Avez-vous visité des élevages industriels ?

Non. J'ai vu assez de photos et de vidéos. Et mon imagination a fait le reste. La torture, je peux la sentir rien qu'en fermant les yeux.

Ressentez-vous pour les animaux ce que vous ressentiriez pour un être humain ?

Absolument ! C'est pourquoi je comprends que les militants de la cause animale puissent avoir recours à la violence.
Les premières photos d'élevages industriels, on les a obtenues ainsi.
Et, à l'époque, cela valait le coup, on a ouvert une brèche. Mais aujourd'hui, la violence peut-être contre-productive, bien que je ne puisse m'empêcher d'admirer ces "bergers de la mer" (Sea Shepherd Conservation Society, l'association de P.Watson)  qui, comme Greenpeace, s'opposent à la chasse à la baleine.
Là, peut-être, la violence mérite-t-elle la violence.

Mais comment convaincre des gens, persuadés que c'est bon pour la santé, de ne plus manger de viande ?

En leur disant qu'ils consomment des produits issus de la cruauté infligée à des animaux gavés d'antibiotiques et d'hormones de croissance, que l'élevage industriel pollue nos rivières, que l'on gaspille une énergie folle à transformer des protéines végétales en protéines animales, que l'on rase des pans entiers de forêts primaires pour créer des pâturages et des champs de céréales destinés à nourrir les animaux d'élevage.
La quantité de céréales que l'on fait pousser pour engraisser une seule vache nourrirait tout un village africain pendant un an.
Oui, juste une vache !

 

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