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29 mai 2008
Bien fait pour ta gueule !
Hier, j'ai reçu un mail assez long de la veuve d'un chasseur dont j'avais relaté l'accident mortel il y a quelques mois. Il avait laissé 3 gosses et une épouse éplorée.
Elle m'a traité de salopard, m'a dit que se moquer ainsi, avec des mots si blessants, du malheur d'autrui lui donnait envie de vomir.
Que cet homme était un père et un mari charmant, gai.
Je n'ai pas répondu.
Déjà, je n'avais pas envie. Pour tout te dire, j'ai lu ce courrier de façon désinvolte. Je n'aime pas les gens qui geignent quand ils n'obtiennent pas la satisfaction pleine et entière des plaisirs primaires (et odieux) qui occupent totalement leur vie. Ils m'emmerdent.
Il y a autre chose à foutre, je pense, que de passer le peu de temps qui nous est accordé sur cette terre en bouffant, en picolant et en tuant des êtres sensibles.
Ce type s'amusait (ou trompait son ennui ?) en flinguant des piafs. Tu veux que je te dise quoi ? Que je regrette qu'il soit becqueté aujourd'hui par des asticots ?
Je ne lui demandais pas d'être Montaigne ou Shakespeare...Mais au moins, qu'il laisse les autres bestioles profiter de la pluie, du soleil, de leurs amours précaires, des aubes fraiches et des printemps lumineux.
Les frivolités sanglantes, je ne supporte pas. Dans ce cas, pas de civilités, seulement du cynisme teinté de désespoir.
Il aimait bien s'aérer la tronche en crevant des animaux ? Il en est mort. Et ça me fait plutôt marrer. J'ai le droit non ?
Tiens, pour en finir avec ça sur un ton plus académique, un extrait du Traité sur les animaux, de Plutarque (1er siècle de notre ère).
"Vous me demandez pour quelle raison Pythagore s'abstenait de manger de la chair de bête ; mais moi, je vous demande avec étonnement quel motif ou plutôt quel courage eut celui qui le premier approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui toucha de ses lèvres les membres sanglants d'une bête expirante, qui fit servir sur sa table des corps morts et des cadavres, et dévora des membres qui, le moment d'auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient ?
Comment ses yeux purent-ils soutenir l'aspect d'un meurtre ?
Comment put-il voir égorger, écorcher, déchirer un faible animal ?
Comment put-il en supporter l'odeur ? comment ne fut-il pas dégoûté et saisi d'horreur quand il vint à manier l'ordure de ces plaies, à nettoyer le sang noir qui les couvrait ?
[...] Et après cela vous appelez bêtes féroces les dragons, les panthères et les lions, tandis que, souillant vos mains par des meurtres, vous ne vous montrez pas moins féroces qu'eux.
Ils tuent les autres animaux pour vivre, et vous les égorgez pour vous livrer à vos cruels délices."
13:12 Publié dans Humeur & aphorismes et périls | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Bien sur je pourrais parler de l'empathie (normale, humaine, decente, voire forcée simulée) que l'on peut, doit resentir pour ceux qui souffrent -coupables ou pas-.
Je préfère un autre angle : je trouve barbare d'appliquer de mort, voire de la réclamer lorsque qu'humain en tue un autre, alors forcément je ne peux que réprouver que cette peine de mort s'applique lorsque une humain tue un animal, et que justement les chasseurs me diras tu soient souvent favorables aux peines planchers, aux QHS et au retour de la peine de mort ne change rien à ma conviction.
Ecrit par : Stéphane | 30 mai 2008


