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05 mars 2008

Moins peut être plus

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Non je ne suis pas une feignasse. Oui, c'est plutôt rare.

Que je me contente de replacer, sur ce blog, sans y toucher, un article venant d'ailleurs.

Ce papier est extrait d'un dossier publié par le magazine Courrier International, consacré à la décroissance.
La décroissance, c'est le refus réfléchi, militant parfois, de la surconsommation, du gaspillage, d'un mode de vie polluant et néfaste pour la planète et à l'inverse, le choix de la simplicité, voire de la frugalité, du renoncement volontaire à toutes ces conneries de course au fric, à ces envies de paraître et d'avoir au lieu d'être.
C'est le non à l'abondance, au toc, au superficiel qui coûte cher.

On les appelle les décroissants en France, les downshifters (décélérateurs ou ralentisseurs) aux Etats-Unis ou en Suède.
Après la lecture de mon billet, je suis certain que tu vas creuser le sujet, faire chauffer ton moteur de recherche.
Va donc voir où on parle du 'Buy nothing day', dénommée par chez nous 'Journée sans achats', où on cause du groupe The Compact (http://sfcompact.blogspot.com) ou encore des Casseurs de pub et autres adeptes de la désobéissance à ce système de dingues.

L'article que tu vas lire a été écrit par Madeleine bunting, dans le Guardian (quotidien anglais).

Tu reconnaîtras que j'ai bien fait de m'effacer, pour une fois, devant ces propos de grande qualité !

La frugalité, salut de notre âme

 

Fondé sur la consommation à outrance et sur l’insécurité, notre système économique détruit l’environnement. Et nous éloigne de nos vrais besoins.

En 2006, chaque citoyen britannique a produit 9,6 tonnes de CO2, un chiffre qui devra être ramené à moins de 3 tonnes d’ici à 2050. C’est le minimum non négociable sur lequel s’accordent la plupart des économistes et des spécialistes de l’environnement. Ce qui fait débat est de savoir si cela signifie qu’il faudra consommer moins ou simplement consommer différemment ?
En d’autres termes, devrons-nous renoncer à notre confort au nom du développement durable ou bien ­pourra-t-on continuer à vivre de la même façon grâce à la magie de la technologie ?
 
La politique environnementale du gouvernement repose exclusivement sur le développement de technologies propres. Pourtant, ces dernières années, les progrès en matière d’efficacité énergétique n’ont fait qu’accroître les aspirations des consommateurs. L’innovation fait certes partie de la solution, mais elle n’est pas suffisante.
On a raison de parler de “magie” de la technologie : le gouvernement se fonde sur une croyance irrationnelle.
 
Notre système politique repose sur la croissance économique telle qu’elle est mesurée par le produit intérieur brut, qui ne dépend que de l’augmentation des dépenses de consommation.
La croissance économique est nécessaire pour payer le service de la dette, ainsi que ­l’Etat-providence.
  
Si les gens arrêtaient de consommer, l’économie finirait par s’effondrer.
La publicité et le marketing, deux secteurs prépondérants de notre économie, ont pour unique objectif de veiller à ce que nous continuions à consommer et que nos enfants suivent notre exemple.Ce système économique, avec son coût exorbitant pour l’environnement, est pourtant profondément malade.
Le graphique du psychologue américain Tim Kasser en est la meilleure illustration. La courbe représentant le revenu par habitant est en constante augmentation sur les quarante dernières années ; tandis que celle illustrant le nombre de personnes se disant “très heureuses” reste stable sur toute la période. L’écart entre les deux courbes ne cesse de s’agrandir.
 
Le graphique de Kasser est à la fois source ­d’espoir et d’inquiétude. La bonne nouvelle est qu’un faible niveau de consommation n’est pas forcément synonyme de malheur. Mais, d’un autre côté, il est particulièrement inquiétant de voir que nous continuons à consommer alors que cela ne nous rend pas plus heureux.
Selon Kasser, notre hyperconsommation est une réponse à l’insécurité, c’est un mécanisme d’adaptation destructeur.
  
Au cours des dernières décennies, les sources d’insécurité se sont multipliées. Outre les classiques manipulations des publicitaires, les économies de marché hautement compétitives génèrent de nouvelles sources d’anxiété allant des questions identitaires (Quelle est ma place dans cette société ?) aux interrogations fondamentales (Qui prendra soin de moi quand je serai vieux ?).

Le lien entre matérialisme et insécurité permet d’expliquer pourquoi des pays aussi différents que les Etats-Unis et la Chine présentent un tel niveau de matérialisme.

L’insécurité y est endémique.
Le génie de ce système fondé sur l’insécurité est qu’il est autoalimenté. Plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; et plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité.
 
Kasser a démontré que les valeurs matérialistes (en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique) engendrent de l’angoisse, nous rendent plus sujets à la dépression et moins coopératifs.
Des études ont montré que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’un épanouissement durable – construire des relations solides, s’accepter tel qu’on est, appartenir à une communauté –, mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforce de les en détourner dans le seul but de les faire travailler plus et dépenser plus.
  
Changer cet ordre des choses ne sera pas une mince affaire, et la transition vers une économie de faible consommation devra se faire en douceur.

Le problème est que ce bouleversement pourrait avoir des effets pervers – c’est la crainte de Kasser. Une réduction de la consommation pourrait se traduire par une instabilité économique et une insécurité accrues.Sans compter que le réchauffement climatique est lui aussi source d’anxiété.
Le risque est de renforcer notre fièvre ­d’hyperconsommation. Un scénario plus optimiste n’est pas exclu pour autant.
Nos ­sociétés pourraient adopter un mode de consommation modéré, orienté vers la satisfaction des véritables besoins humains. La plupart d’entre nous reconnaissent confusément que d’énormes changements de mode de vie s’imposent, mais nous attendons que quelqu’un d’autre fasse le premier pas.
 
Dans son ouvrage intitulé Ecological Debt [publié en juin 2005], Andrew Simms a démontré le rôle crucial du gouvernement.
Au début des années 1940, le gouvernement britannique est parvenu à réduire considérablement la consommation du pays, non pas en comptant sur la bonne volonté de ses habitants mais en orchestrant une vaste campagne de propagande combinée à un système de rationnement et de taxation des produits de luxe.
Voilà exactement ce que nous devrons faire au XXIe siècle, ce qu’aucun grand parti politique n’ose encore reconnaître.

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